Histoire de la filature

L’énergie hydraulique de la Guisane a rythmé la production artisanale depuis des siècles. Moulins, foulons et turbines se sont succédé au fil de l’eau. Puis sont venues les filatures de la vallée de la Guisane, une opportunité économique pour une région où la survie était difficile.

Quelques siècles avant la filature…

Auparavant, existait une implantation datant du Moyen Âge où l’on trouvait des moulins à farine, une pierre à décortiquer encore visible dans les entrailles de la filature, et des foulons à feutrer la laine. Dans les siècles précédant le 19ᵉ, les paysans, paysannes, filaient et tissaient à la maison. Il leur fallait par contre la force motrice de l’eau pour feutrer les tissus de laines appelés « draps ». Presque tous les moulins, foulonneries, filatures se sont installées près des cours d’eau en dehors de ceux qui ont profité du vent.

La filature de Chantemerle existe depuis 1860

Dans la vallée de la Guisane, jusqu’à 7 filatures ont existé, chacune avec leur spécialité : celle de Chantemerle fabriquait des tissus et couvertures, celle de Villeneuve des tricots, encore une autre des chapeaux, etc.

l'usine de la filature en 2021 vue sur la fileuse et la carde

Filateurs, devant l’usine (photo non datée)

L’usine Blanchard : la filature prend de l’ampleur

En 1905, la famille Blanchard construit le nouveau bâtiment, l’usine prend de l’ampleur. Elle tournera à fond pendant les deux guerres mondiales et périclitera après 1945 à cause de la concurrence des synthétiques et polyamides, pour s’éteindre définitivement en 1968, M. Eugène Blanchard ayant largement atteint l’âge de la retraite et n’ayant pas de repreneur dans sa famille.

l'usine de la filature en 2021 vue sur la fileuse et la carde

Monsieur Blanchard devant la fileuse

La filature dans la spirale du tourisme

Entre-temps, la station touristique de Serre Chevalier avec son célèbre téléphérique installé en pleine guerre en 1940 s’est développée et des bâtiments ont poussé comme des champignons pour pouvoir accueillir les hordes de skieurs venus pour dévaler les montagnes. Le tourisme de masse d’hiver, mais aussi d’été a changé complètement la physionomie de la vallée et on peut se demander si le développement trouvera une fin…

Années 50

Fin des années 60

Longo Maï reprend la filature en 1976 : les machines tournent à nouveau

En 1976, la coopérative Longo Maï achète la filature à M. Blanchard qui avait refusé jusqu’à là de vendre à des promoteurs immobiliers. Il nous montre les rudiments du travail de la laine sur les machines d’origine qui n’avaient pas été changées depuis 1905. Auparavant, nous désensablons la prise d’eau sur la Guisane, le canal d’amenée d’eau et la turbine qui faisait fonctionner mécaniquement les machines. Les roues de transmissions se mettent à tourner et l’usine, comme une « Belle au bois dormant » se réveille.

Monsieur Blanchard donne des explications aux membres de Longo maï

Aujourd’hui : elle tourne toujours

Maintenant presque toutes les machines ont été changées. La filature a pu récupérer des machines destinées à la casse de l’industrie textile européenne qui a vu une grande partie de sa filière disparaître en 40 ans au profit d’usines textiles en Chine, en Inde et en Europe de l’Est.

En étant précédant la relocalisation de l’industrie textile, en développant la vente directe et en créant de méthodes de productions plus humaines, la filature de Chantemerle a surmonté la crise du textile. Produire des vêtements qui ont du sens, non polluants et durables : c’est aujourd’hui une préoccupation d’avenir.

l'usine de la filature en 2021 vue sur la fileuse et la carde

L’usine en 2021