La laine, une matière innovante vieille de 5000 ans

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«Défier le temps, donner un rôle prépondérant à la matière, toujours vivante, belle et ­capricieuse, relier l’esprit à la matière, base essentielle d’une culture d’intelligence.»

Elément essentiel et ancien de l’ha­billement et de l’habitat, comme en Mésopotamie où elle était monnaie d’échange ou cadeau prestigieux, la laine a vu son rôle diminuer rapi­dement au 20ème siècle, comme les autres fibres naturelles. Après la Seconde Guerre mondiale, les fibres synthétiques commencent leur conquête du monde. Nylon, polyester, lycra et des dizaines de matériaux nouveaux se retrouvent aujourd’hui sur les étiquettes de tous nos vêtements. Légères, faciles à entretenir, fabriquées industriellement à partir du pétrole en quantité potentiellement illimitée, peu coûteuses et bénéficiant de bons budgets publicitaires, ces fibres synthétiques ont vite fait de reléguer la laine au rang de «vieillerie» qui gratte, les laines européennes étant déjà concurrencées depuis un siècle par les laines importées de l’hémisphère sud.
En Europe, les troupeaux ovins sont souvent de petite taille, les toi­sons diversifiées, colorées parfois, les fibres de finesse moyenne, au toucher rude. Les petites usines installées près des rivières au 19ème siècle transfor­ment ces fibres en vêtements, cou­vertures ou matelas pour les marchés régionaux. Leur activité ralentit, puis s’arrête au 20ème siècle. L’époque est à la production de masse, à la techno­logie et à la vitesse.

Un autre rythme

Mais chez nous les machines ne tournent pas à ce rythme. La filature de Longo maï à Chantemerle dans les Hautes-Alpes françaises est l’une des dernières filatures de laine dans les Alpes européennes. Chaque année, la laine de 11 000 moutons environ y est transformée en pullovers, chemises, tissus, couvertures, laine à tricoter et autres puis vendue sur des marchés régionaux ainsi que parmi le cercle des amis de Longo maï.

Mais nous sommes un cas particulier. Au début des années 2000, les grandes crises de l’élevage européen renforcent le malaise et la situation s’assombrit pour le secteur! Pourtant les temps changent. Les termes d’écologie et d’environnement deviennent familiers; les consommateurs commencent à être sensibles aux idées de produits locaux, circuits courts, spécificités régionales…

Parmi les bergers et éleveurs ovins, nombre de nouveaux venus, diplômés de biologie ou d’environnement à la recherche d’une activité plus proche de la nature, beaucoup de femmes. Ils et elles s’intéressent à la laine, ce pro­duit si peu considéré de leur élevage, avec un regard nouveau et des idées créatives.

Casser les routines

L’association ATELIER-Laines d’Europe a été créée en 1989 par dix éleveurs et artisans, dont la filature de Longo maï. Aujourd’hui, l’association compte près de 250 adhérents, individus et associations, en France et en Europe. Des milliers de personnes ont participé à nos rencontres, stages, voyages, échanges d’information ou expositions.
Contre la standardisation, l’association fait découvrir la richesse et la variété de ces laines. L’exposition itinérante «Wools of Europe», créée en 2010 et produit du partenariat entre l’ATELIER et un consortium d’industriels italiens, présente une centaine de races ovines de 27 pays euro­péens. Des dizaines de milliers de visiteurs ont vu l’exposition en France et en Italie.

Pour combattre l’ignorance envers cette matière négligée, l’association a mis en place des formations:

  • stage «initia­tion au travail de la laine»,
  • workshops pour élèves en design textile des écoles parisiennes,
  • apprentissage du tri des toisons pour les éleveurs,
  • formation laine dans les écoles de bergers,
  • perfectionnement pour des reconversions professionnelles,
  • inter­ventions dans les écoles primaires…

Dans cette logique, des liens se sont créés au-delà des frontières, avec des éleveurs néoruraux ou héritiers de douze générations paysannes, avec des entreprises familiales qui ont pu conserver leurs machines, avec des artisans expérimentés ou des artistes parfois déjantés, avec des ouvriers kabyles licenciés, des musées, des fermes pédagogiques, des fondus de technologie et des rêveurs. Les confrontations ne manquent pas, mais la laine reste la passion commune.

Marie-Thé

Cet article a été initialement publié dans les Nouvelles de Longo Maï

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