Histoire d’eau : rénovation de la turbine de la filature

De tout temps la force de l’eau fut utilisée pour l’activité de l’homme et l’histoire de la filature de Chantemerle le confirme à nouveau.

Durant des siècles, la filature fut aussi un moulin. Ses bâtiments renferment encore aujourd’hui des meules qui témoignent de ce passé. meule à farine retrouvé dans les anciennes caves de la filature de chantemerleEn se plongeant dans les archives départementales, on a retrouvé la trace d’un foulon datant de 1662. Celui-ci nécessitait la force hydraulique pour feutrer les draps de laine que l’on tissait à la main dans les chaumières du village. Plus tard, vers 1860, ce foulon influença la transition entre l’activité meunière et la filature. En effet, les propriétaires de l’époque voulurent accroître leur activité textile pour travailler la laine de la région.
Ils s’équipèrent alors d’une carderie et d’une mule-jenny, et du premier métier à filer industriel, une série de rouets alignés les uns à la suite des autres, à l’époque une géniale invention technique. Puis se succédèrent de nouvelles machine à filer plus modernes et toujours entrainées par l’énergie de l’eau. De nouveau l’énergie hydraulique favorisa cette entreprise et celle-ci comme bien d’autres participa à l’essor manufacturier de la vallée de la Guisane.

 

Au fil du temps

 

Maîtriser cette énergie fut pour nous aussi une motivation importante et, à notre arrivée à Chantemerle près de Briançon (Hautes-Alpes) en 1976, la mairie de St Chaffrey nous donna des pièces de bois de mélèze afin de restaurer le seuil dans la rivière afin de réacheminer l’eau dans le canal.

Ensuite à l’aide de pelles et de seaux il fallut nettoyer le canal et désensabler la turbine. Celle-ci datait de 1902 et entraînait encore les machines en prise directe par l’intermédiaire d’engrenages en bois, de poulies et de courroies en cuir. En 1979, après trois ans de service, cette installation s’avérant vétuste et bien trop dangereuse, on opta pour son remplacement par une machine plus récente qui fournit de l’électricité. Après bien des recherches, un technicien nous conseilla un ensemble turbine et générateur correspondant au débit et à la hauteur d’eau de notre site. On est allé le démonter à Lavelanet en Ariège, ville où malheureusement beaucoup d’usines textiles étaient désaffectées.

 

Au rythme de la Guisane

 

Dévier l’eau de la rivière dans un canal et produire sa propre électricité représentent toujours un défi passionnant, mais c’est aussi une attention quotidienne. Il faut surveiller la propreté de l’eau et s’arrêter lorsque le torrent devient tumultueux et se met en crue, lors de la fonte des neiges par exemple, car alors les sédiments qu’il charrie ensableraient la turbine.

Parfois une baisse d’intensité de la lumière suffit à nous indiquer que la rivière emporte les feuilles mortes des berges et que celles-ci obstruent la grille d’entrée d’eau du canal. Ainsi avec un peu d’expérience on vit au rythme des humeurs de la Guisane.

Malgré cela, la turbine apporte un gain considérable à l’économie de la filature. En plus de l’énergie motrice elle fournit le chauffage de l’atelier l’hiver et l’eau chaude pour laver la laine en été. Il nous restera de l’imperfection de l’ancienne installation le fait d’être toujours attentifs aux éléments.

Aujourd’hui après 40 ans l’installation est devenue obsolète. Grâce au soutien de nos nombreuses ami-e-s nous pourrons la repenser entièrement. Rénovation du machinisme, mise aux normes du droit d’eau que nous conservons, et la connexion au réseau qui nous permettra de vendre de l’électricité. Tout cela fera une base solide pour la prochaine génération en espérant qu’elle continuera de transformer la laine des Alpes, une activité essentielle pour ne pas perdre le contact avec la nature.

Christophe

 

Cet article a été initialement publié dans les Nouvelles de Longo Maï

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