La transhumance : marcher à contre-courant

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Chaque année, en octobre, quand l’herbe vient à manquer dans les alpages, que le gel et la neige commencent à s’installer, il est temps pour les troupeaux de descendre des cimes vers les collines ou les plaines. Pendant trois semaines nous partons à sept bergères et bergers avec nos sept chiens de conduite, deux chiens de protection et nos fidèles ânes en aven­ture pour descendre notre troupeau de 500 brebis et agneaux de l’alpage (près de notre Filature) vers le sud à travers la pluie, la neige et les rayons du soleil. Nous descendons lente­ment pour que les brebis s’adaptent au changement de nourriture. Nous accordons une importance particulière au respect des pratiques anciennes du pastoralisme, à la notion du temps, aux relations avec la population locale.

Une route si souvent parcourue car la vallée de la Durance relie nos coopé­ratives, de la Filature à Chantemerle, en passant par Longo maï à Limans et la Cabrery, jusqu’au Mas de Gra­nier. Nous traversons des paysages magnifiques mais malheureusement, trop souvent, un nouveau chantier nous barre la route ici et là. Tous sont dédiés au tourisme alors que les villages dans la vallée sont vides hors saison. Ainsi avons-nous voulu cette année donner la parole aux habitants de la Haute Vallée de la Durance qui se mobilisent pour préserver leurs territoires grâce au studio mobile de Radio Zinzine, créée par Longo maï en 1981.

À Briançon, les habitants ont pu expliquer le quotidien de leur ville frontalière, traversée chaque jour par des réfugiés arrivant de l’Italie voi­sine. Ceux-ci risquent leur vie dans le désert, par la mer ou la montagne pour chercher un refuge dans cette ville située près du poste frontière de Montgenèvre. La solidarité avec les migrants est une évidence pour les gens qui les accueillent et ils l’affirment par une aide au quotidien.

À la Roche de Rame nous avons rencontré les opposants à la construc­tion d’une ligne à Très Haute Tension de Gap à Briançon. Par l’installation de pylônes, cette «autoroute énergétique», présumée nocive pour la faune et la flore, contribue à la destruction des plus beaux endroits de haute et moyenne montagne. Enfin, le troisième plateau radio a permis à des éleveurs et jeunes agriculteurs de revenir sur les conséquences des modifications des politiques agricoles, qui rendent difficiles l’installation en agriculture à petite échelle et la survie des pratiques pastorales.

Cette aventure s’est déroulée avec succès grâce aux nombreux amis qui nous ont accueillis, nous et notre trou­peau, tout au long de notre route. À l’arrivée dans la coopérative à Limans, un apéritif très convivial attendait les bergères et les bergers, tandis que les brebis retrouvaient leurs prairies natales.

Max et Ulli

Cet article a été initialement publié dans les Nouvelles de Longo Maï

 

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