La filature de Longo Maï : une usine autogérée depuis 1976

Voici quelques extraits du livre de Luc Villette, publié en 1993 : Longo Maï, Vingt ans d’utopie communautaire.

Chantemerle est la quatrième coopérative de Longo Maï en France. C’est en 1976 que le mouvement a racheté cette vieille filature abandonnée depuis 1968. Située à quelques kilomètres de Briançon, en plein milieu de la station de sports d’hiver de Serre-Chevalier, la filature de Longo Maï est perdue au bord de la Guisane, moitié torrent moitié rivière, qui, par l’intermédiaire d’une turbine, lui fournit toute l’électricité nécessaire… sauf ralentissements catastrophiques en cas de gel. C’est l’ancien propriétaire qui, tout heureux de voir sa filature revivre, leur a appris le métier. Ils ont racheté des machines d’occasion, bricolé, amélioré et, aujourd’hui, la filature tourne. “Il y a du travail pour vingt personnes, m’explique Isabelle, mais nous sommes ici une quinzaine en permanence, plus les lycéens. (C’est en effet au lycée de
Briançon que vont les adolescents de Longo Maï, après le CES de Forcalquier.) Chaque année, on traite à Chantemerle 10 tonnes de laine brute en provenance des troupeaux de Limans, de la Crau et de l’Ardèche. Mais les moutons de Longo Mai fournissent moins du quart. De nombreux éleveurs vendent leur laine à Chantemerle. Un kilo de laine fournit 400 grammes de fil à tricoter.

L’usine de Chantemerle organise d’ailleurs des visites guidées plusieurs fois par semaine pour les vacanciers, les élèves des classes de neige, les touristes intéressés. Sur tous les murs, de grandes affiches, « Libérez Otelo de Carvalho », « Non à l’’apartheid », marquent clairement la couleur de la laine. Au bureau de vente, à côté des pulls ou des chaussettes, on trouve toute la littérature de Longo Mai, les disques et les cassettes de Comedia Mundi…

La visite est passionnante. Eva et Luthie vous font découvrir toutes les opérations successives depuis l’arrivée des toisons fraichement tondues, sales et puant le suint : triage, lavage, rinçage, essorage, séchage occupent le premier niveau. A l’étage au-dessus, on procède au cardage, puis au filage de la laine.On peut alors tisser et enfin tricoter. A force d’améliorations (les premières années, le lavage se faisait à l’eau froide et le séchage sur le sol !), Chantemerle augmente régulièrement sa production. Celle-ci est écoulée essentiellement au bureau de vente de la coopérative, sur les marchés et par vente directe. Pour les six premiers mois de 1992, le chiffre d’affaires des ventes s’est. élevé à 500 000 francs mais la marge de progression reste forte.

Chantemerle possède aussi, dans une grande salle donnant sur la Guisane une magnifique table de bois impossible à
sortir, car fabriquée à l’intérieur. « Comme ça, si un huissier se pointe, il l’aura dans le cul. » C’est l’une des ambiances les plus chaleureuses de toutes les coopératives longomaiennes, où pourtant cette denrée ne fait pas défaut. Je comprends que tous ceux qui ont passé plusieurs mois là-bas – et presque tous l’ont fait – en gardent un souvenir émerveillé. En plus, ils ont Radio Zinzine qui émet jusque dans les Hautes-Alpes. Les rapports avec les autorités locales sont d’ailleurs bons. Une pancarte très officiellement municipale indique, depuis la route nationale, « Filature de Longo Mai ». Le Dauphiné libéré lui-même rend compte avec enthousiasme d’une journée portes ouvertes à Chantemerle : « Ces journées soulignent l’immensité de la tâche accomplie par les jeunes de Longo Mai. Avec ce matériel d’antan, c’est un merveilleux univers qui s’ouvre à des centaines de visiteurs. »

 

 

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